Tous médaillés d’or du courage…

Quand ils pénètrent dans le salon d’honneur de la SNEMM, en cet après-midi du 2 octobre, ils ne sont pas les plus émus. Ceux qui les accueillent ne peuvent s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur à la vue de ces jeunes hommes et jeunes femmes, certains en fauteuils roulants, d’autres nantis de prothèses, d’autres encore appuyés sur des béquilles. Pourtant ce sont eux qui vont dissiper d’emblée ce voile de tristesse. Car tous expriment sans retenue leur joie d’être là et leur fierté de se voir traités comme des héros. Héros, ils le sont à plus d’un titre : ils appartiennent à l’équipe de France des blessés de la Défense qui vient de s’illustrer aux troisièmes « Invictus Games », véritables Jeux Olympiques des militaires blessés en opérations. A Toronto, où se déroulaient ces jeux, les trente sportifs tricolores ont fait une belle moisson de titres, face aux compétiteurs venus de seize autres nations, en récoltant pas moins de trente-six médailles : 12 d’or, 13 d’argent, 11 de bronze.

« Ils ont dépassé toutes les espérances, s’enthousiasme le colonel Bertrand Gebuhrer, adjoint au chef d’état-major du Centre national des sports de la Défense. Et ceux qui ont échoué au pied du podium      n’ont absolument pas démérité. Tous ont tenu le coup. Ils ont démontré qu’ils étaient tous des  « handicapables ». » Capitaine de l’équipe, l’adjudant-chef David Travadon, du 3° Régiment du génie de Valdahon, double médaillé d’or en cyclisme sur route, abonde en ce sens : « Le groupe ne vit pas que pour la recherche de médailles mais pour entretenir un esprit de solidarité dans l’effort collectif. Le résultat humain compte autant, sinon davantage, que le palmarès. Je comprends la déception de ceux qui reviennent sans médaille, mais le rôle de l’équipe est de les faire rebondir pour que demain ils gagnent. D’ores et déjà, projetons-nous vers les Invictus Games de l’année prochaine à Sydney ! »

A ceux que la guerre a touchés dans leur chair, qui ont vu la mort en face, le sport offre une aide à leur reconstruction tant physique que psychologique qui leur ouvrira les portes d’une nouvelle vie. David Travadon en est lui-même un bel exemple. Le 18 novembre 2009, au Liban, l’explosion de la mine qu’il tentait de désamorcer lui arrachait l’avant-bras droit. Plusieurs années lui auront été nécessaires avant qu’il retrouve une existence normale et que des prothèses lui permettent de renouer avec les sports qu’il aimait « avant », dont le cyclisme.

Les membres de l’équipe française aux Invictus Games ont tous, peu ou prou, connu le même parcours, pavé de douleur et d’espoir. Comme l’adjudant Ludovic Failly, brûlé et polytraumatisé dans un accident d’avion à Albacete en 2011 – « un miraculé », dit de lui le colonel Gebuhrer – qui a décroché l’argent en tir à l’arc. Sébastien Pradalier, du 3° RMAT de Muret, accidenté de la route en service, tétraplégique, quintuple médaillé à Toronto en athlétisme et cyclisme. Le sergent Jonathan Hamou, de la BA 701 de Salon-de-Provence, mains et ventre arrachés par une grenade défectueuse, deux amputations, quatre podiums.

Médaille de bronze du 200 mètres, Francesca Rocca, du 6° Régiment du génie d’Angers, elle, a sauté sur une mine au Mali en 2015 : « Après l’hôpital et la rééducation, j’avais retrouvé mes moyens physiques, mais j’avais perdu toute confiance en moi. Mentalement j’éprouvais de lourdes séquelles. L’expérience des Invictus Games m’a beaucoup aidée dans ma reconstruction, elle a permis de me prouver ce que je vaux. Aujourd’hui, ma famille est fière de moi, mon régiment aussi ! »

Quant à Mickaël Mayali, il était « chien jaune » sur le porte-avions Charles-de-Gaulle (coordonnateur des mouvements du personnel et des avions sur le pont d’envol) en 2009 lorsque, suite à une fausse manœuvre, un Rafale lui a broyé la cheville et le pied gauche. Trois mois plus tard, il reprend son service mais entre lui aussi dans un long tunnel : « J’avais perdu toute confiance en moi ; j’ai lâché prise durant trois ans. » Puis il entend parler des Invictus Games. Le karateka et le footballeur qu’il fut se réveillent en lui. Il se met à la course à pied, participe en 2014 aux premiers Invictus et se classe parmi les finalistes du 100 mètres, « et là, je me suis dit que j’avais ma place dans le sport de haut niveau. » A l’édition suivante, il décroche une médaille d’or et deux d’argent. Et en juillet dernier, il remporte deux médailles d’argent aux Jeux de la Francophonie. A Toronto, il ajoute trois médailles d’or à son palmarès. « Je suis super épanoui dans ce que je fais ! » avoue-t-il avec un large sourire. Ce même sourire qu’on retrouve sur les visages de tous ceux qui vécurent l’épopée canadienne. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », a écrit Nietzche. Nos « Invictus » n’ont pas tous accédé au podium. Mais toutes et tous remportent sans conteste la médaille d’or du courage…

James SARAZIN

Rédacteur en Chef